Prix aufeminin e-crire 2018
Créations

Participation au prix aufeminin e-crire 2018

J’ai participé pour la première fois à la 8ème édition du concours d’écriture organisé par Au Féminin(lire ma nouvelle en fin d’article). 4 thèmes étaient proposés cette année :

Elle a fait un bébé toute seule
Il n’y avait pas de train, alors…
On s’en fout on n’y va pas (spoiler alert : j’ai choisi celui-là !)
L’heure bleue

Le principe était d’écrire de une à quatre nouvelles de 3 000 signes maximum avant le 18 décembre 2018. Cette année, ce ne sont pas moins de 763 nouvelles qui ont été soumises, quel succès ! Une présélection a été faite par l’équipe de rédaction d’Aufeminin, pour 6 par le nombre de votes des internautes (certaines en dénombraient une centaine, ce n’était malheureusement pas mon cas !), et 6 par coup de cœur.

A l’heure où j’écris ce billet, les 12 nouvelles finalistes ont été soumises au jury de cette année, présidé (tout de même) par Agnès Martin-Lugand (auteure du fameux Les gens heureux lisent et boivent du café en 2013, Désolée je suis attendue en 2016 ou encore son dernier, A la lumière du petit matin). Les autres membres de ce comité travaillent dans l’édition, le journalisme, dans l’art en général (écrivain, chorégraphes) ou encore dans le blogging.

Les résultats seront publiés le 24 janvier 2019 et couronneront 3 ou 4 gagnants (il y a une rumeur d’un 4ème prix spécial a priori). Le premier prix reste tout de même bien au-dessus des autres avec la publication de son roman aux éditions Michel Lafon ! Le 2ème lauréat recevra chez lui un livre par semaine pendant un an et le 3ème pourra assister à une masterclass d’écriture organisée par l’école Les Mots.

Mise à jour du 27 janvier

Les résultats sont enfin connus et c’est Virginie Thibaud Delage qui remporte cette édition, ainsi qu’un droit d’entrée aux éditions Michel Lafon. Au regard de la nouvelle primée, je pense qu’il aurait fallu que je colle davantage au style généralement publié chez cet éditeur et que j’étoffe aussi ma nouvelle afin de démontrer une certaine capacité à mener un roman. Car la nouvelle de la gagnante comprenait un embryon de narration, de personnages solides, que, pour ma part, je n’ai peut-être pas assez exploité.
Deux prix des internautes ont également été accordés aux deux nouvelles qui ont remporté le plus de votes.

Il n’y a plus qu’à attendre l’année prochaine pour retenter sa chance !

Ma nouvelle : Un 3 septembre sur le pont de Westminster

Mira attendait ce jour où elle serait quelqu’un. Et jusqu’aujourd’hui, d’ici deux heures, rien d’autre n’avait confirmé sa destinée. Pour la dernière fois, elle pare ses yeux du khôl le plus mat qu’elle possède et empourpre ses lèvres. Là-bas elle sera la reine des mille et une nuits, à virevolter dans des gestes de soie – allure de paillettes. Elle a choisi la robe qu’elle devait porter lors de sa nuit de noces, si douce, si ample, que l’on ne pouvait qu’imaginer les formes généreuses dissimulées par tant de tissu. Elle relie ses cheveux en un chignon impeccable, noue sa ceinture avec précaution et lace ses chaussures comme pour faire corps avec la terre.

C’est la deuxième fois qu’elle déambule sur le pont de Westminster, toute petite face à l’horloge colossale. Elle croise le regard de Jen de l’autre côté du pont, lui fait un signe forcé.

Elle aurait voulu être là pour visiter la ville, s’y installer peut-être, adopter un chien nommé Alfred et mettre au monde deux ou trois marmots bilingues. L’air aux quinze degrés s’immisce dans tous ses pores jusqu’à l’euphorie.

La longueur de ce pont, pourvu qu’elle soit éternelle, que ses jupons s’emmêlent au flot de la Tamise, qu’elle devienne un clapotis témoin des quelques beaux jours qui enveloppent Londres.

Les trajectoires des deux femmes convergent peu à peu, à mesure que les garde-corps du pont révèlent leur finitude.

Mira salive une confession à sa partenaire.

« Viens, on s’en fout, on n’y va pas, on peut avoir une vie ici. »

Elle pense aux cellules qui s’activent dans son organisme ceinturé, qui ne demandent qu’à vivre.

« On ne t’a choisie que pour tenir cette promesse et tu te dégonfles maintenant, pauvre idiote ? »

Mira plisse sa lèvre, son ventre, de ses doigts déjà trop maternels.

Elle voit alors ses pieds se mouvoir sous la pression vers l’extrémité du pont, tandis qu’elle pense à reculons.

A cette heure, l’aube est bien loin du 3 septembre 1802 si paisible de Wordsworth qu’elle récite à coups de frissons.

« Ne’er saw I, never felt, a calm so deep ! »

Avant même qu’elle ne puisse esquisser un soupçon de résistance, Jen la projette dans la foule, le compte à rebours déclenché. Mira clignote – sonnée par les regards affolés. Embourbée dans les pans de sa robe alors qu’elle tente de sortir d’elle-même, du piège de sa naïveté et des dizaines de passants, elle n’entend pas les cliquetis rapprochés des secondes mortifères.

Bientôt confondue au milieu des lambeaux de chair et de sang, Mira n’est plus que le fait divers d’une kamikaze, un 3 septembre 2019, sur le pont de Westminster.

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