Créations

Appel à textes : 99 variations façon Queneau

En 2017, les éditions Vermiscellanées lançaient leur premier appel à textes. Un hommage aux Exercices de style de Raymond Queneau. 99 versions ricochets ont donc été publiées dans un recueil collectif créé pour l’occasion.

Le texte de départ était le suivant :

Un homme d’affaires pressé rencontre une petite vieille en robe de chambre à fleurs bleues sur le quai d’une gare perdue en pleine campagne. Elle parle à un lampadaire cassé. Il lui demande si tout va bien. Elle ne semble pas l’entendre ni lui porter attention. Il la secoue un peu et les lunettes de la grand-mère tombent. Elle cligne des yeux, un peu sonnée, se tourne vers l’homme d’affaires et dit : « Vous avez l’air d’avoir froid. Voulez-vous ma robe de chambre ? »

Voici mes propres variations (non retenues dans le cadre de l’appel à textes 😦 ) :

Apartés

Un homme d’affaires pressé Ne te retourne pas et accélère, le chien te suit peut-être encore rencontre une petite vieille Mon dieu, ce qu’elle est desséchée, et comment une bosse peut pousser à un endroit pareil en robe de chambre à fleurs bleues Et c’est quoi ce motif ? Souci, tulipe, iris ? sur le quai d’une gare Bon il arrive ce train perdue en pleine campagne J’en peux plus des vaches et des moutons. Elle parle Mais à qui elle parle cette folle à un lampadaire cassé Elle s’est échappée c’est sûr. Il lui demande si tout va bien pour avoir bonne conscience. Elle ne semble pas l’entendre hé oh ni le voir Je suis là ! Il la secoue un peu Oh tu m’écoutes et les lunettes de la grand-mère non tombent C’est mort, je lui repaie pas ses grosses loupes. Elle cligne des yeux ça doit lui faire mal vu la couche de pus qui relie ses deux rangées de cils, un peu sonnée elle doit être ivre, se tourne vers l’homme d’affaires de face c’est pire et dit avec une haleine d’hippopotame sous sédatif : « Vous avez l’air d’avoir froid. – Non mais non, ne me touchez pas ! – Voulez-vous ma robe de chambre ? – Ah non c’est pas moi qui vais aller dormir ! » L’homme d’affaires n’est plus pressé. Le train ne viendra qu’après nettoyage des voies, des gros comme des petits morceaux.

Contraire

La chômeuse mollassonne ne va pas à la rencontre de ce grand jeune homme vêtu d’un élégant costume sous le quai de la plus grande gare de la ville. Il est appuyé contre un lampadaire à la lumière vive. Elle ne lui demande donc pas si tout va mal. Pourtant, il semble lui parler, le regard vers elle. Elle ne s’approche pas de lui, les sourcils de l’homme se lèvent. Ses yeux restent fixes en un lucide regard, puis il se détourne de la chômeuse en pensant J’ai chaud, je ne ferai en rien du sport de chambre.

Contresens

Un homme boudiné dans ses vêtements rencontre une enfant, ridée, enrobée, bleue, sur le quai d’une gare, perdue en pleine campagne. Elle parle à un lent padère. Cassé, il lui demande : « Sitou va bien ? » Elle ne semble pas y croire. Ni lui. Pour accroître la tension, il l’assèque pour un peu de lait. Lut net : de la grande maie retombe-t-elle – cligne. Des yeux, un peu. Son nez se tourne les vers. L’homme de vêtements édite : « Vous savez, l’ère d’avoir froid. » « Voulez-vous, maraud ? Bête de chambre ? »

Élagage

Un homme rencontre une petite en robe. De la chambre au quai d’une gare perdue, en pleine campagne. Elle parle à un cassé. Il lui demande si tout semble lui porter attention. Il la secoue un peu et tombe. Elle cligne des yeux, retourne vers l’homme et dit : « Vous avez froid. Ma chambre ? »

Familier

Un mec dans le speed croise une vieille peau dans une robe dégueulasse en attendant son tacot en pleine cambrousse. Elle cause à une loupiote pétée. Il lui lance Wesh bien ou quoi, mais elle pane que dalle. Il la dégomme d’un coup d’épaule et les carreaux de la vioque se cassent la gueule. Ses yeux clignotent genre c’est un panneau de signalisation, elle calcule le mec et lui crache T’as l’air de grave te les peler, tu veux mes fringues ou bien ?

Gastronomique

Ce jour-là, une orange pressée convoite une pomme de terre menue en robe des champs et mouchetée de bleu, installée sur un bar aux côtés d’un pain perdu façon campagne. Elle semble en pleine conférence, non avec une poire, mais une canneberge. L’orange, toute mielleuse, l’allèche avec des mots végétariens. La mayonnaise n’a pas pris. L’orange projette un pépin et la ciboulette de la pomme de terre tombe. Jusque-là enivrée par la canneberge, la pomme de terre en est restée baba – Un rhume, c’est ce que vous avez, et plus que la pulpe sur le noyau ! Que diriez-vous d’une robe des champs ?

Découvrez le recueil des éditions Vermiscellanées :

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