Mon nom était écrit sur l'eau, Olivier Bleys
Causeries

[Avis Lecture] Mon nom était écrit sur l’eau, Olivier Bleys

Le 14ème roman d’Olivier Bleys, dont le titre, énigmatique au premier abord, ne prend son sens qu’au cours de la lecture, nous transporte au début des années 70, chez les Spautz, famille luxembourgeoise à la tête d’une agence de pompes funèbres.

Ce sont les premiers pas sur la Lune, ou plutôt leur rediffusion manquée assortie d’un accident des plus cocasses, qui ouvrent les premières pages de ce roman. Ce sont aussi les premiers pas du lecteur dans le quotidien des Spautz, entreprise de Pompes Funèbres depuis des générations, fière d’accompagner les familles et les défunts dans cette étape inéluctable de la vie humaine qu’est la mort.

Au-delà de la question de la tradition et de l’héritage qui étouffent le personnage « principal », Gabriel, peu enclin à poursuivre l’activité de l’agence Lumière-de-l’Est, est nos yeux qui découvrent les dessous d’un monde rarement rendu public.

Dans la famille, nous savons tout faire. Il y avait une devise sur l’enseigne. (…) « Mourez, nous ferons le reste. »

Si le roman ne manque clairement pas de style, au contraire, il ne fait pas honneur à Gabriel Spautz qui n’a ni les contours ni la contenance d’un personnage principal. On pourrait croire, au départ, qu’il va s’agir d’un psychopathe fasciné par la mort ou d’un génie excellant en anatomie, mais rien de cela. Vilain petit canard de sa famille qui, elle, s’adonne de bon cœur aux activités des pompes funèbres, Gabriel tourne de l’œil, ne s’imagine pas perpétuer la tradition mais surtout, ne semble avoir ni avis ni désir profond. Son personnage est faible, sans consistance. En tant que lecteur, on considère les Pompes Funèbres comme la famille Spautz dans son entièreté, avec ou sans Gabriel ; tous sont aux côtés de la mort répondant toujours à son appel, la tradition comme destinée.

Sur le thème de la mort, lire aussi ma critique de Mangeterre

Photo by Scott Rodgerson on Unsplash

Deux éléments m’ont plu dans son roman et m’ont incitée de le finir :

  • l’aspect récit de famille que j’avais déjà apprécié chez Sylvie Germain : le fait de suivre une famille sur plusieurs années ou générations, ancrée dans son terroir et définie par une activité, une malédiction ou toute particularité qui mérite que l’on raconte son histoire.
  • les détails à la fois macabres et instructifs par rapport aux soins des défunts et leurs différentes étapes. Sans succomber au gore ou aux descriptions trop crues, l’auteur offre une écriture factuelle, documentée et visuelle de la préparation des corps, du choix du cercueil, de la disposition des plantes ou de la musique à diffuser.

Ils souriaient en filtrant les cendre des incinérés, (…) ils s’amusaient de la corvée, ingrate entre toutes, du rinçage des bidons collecteurs des fluides corporels. Quand maman parlait des soins malhabiles prodigués à leurs premiers cadavres, de leurs fous rires en débattant si c’était par l’artère fémorale, ou par la carotide, qu’il convenait d’injecter le formol (…)

Pour ces deux points, j’ai apprécié lire ce roman sur le moment mais je ne crois pas pour autant être marquée par ce récit, malgré un dénouement qui surprend légèrement (des indices assez évidents et peu subtils ont été distillés avant, ce qui atténue peut-être trop l’effet de surprise).

Je regrette aussi les considérations littéraires de l’éditeur Odon, un peu trop longues et pompeuses à mon goût, qui prennent beaucoup de place sans apporter grand-chose dans l’économie du roman. Habituellement friande de ce genre de digression, j’ai eu le sentiment que ces monologues étaient plaqués là, comme pour rappeler qu’il faisait partie de ces écrivains lettrés.

Dans tous les cas, le roman mérite d’être lu jusqu’à la dernière page, pour cet univers méconnu, ces odeurs qui traversent le papier, une fin en fanfare et, tout de même, une jolie plume.

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Mon nom était écrit sur l’eau, Olivier Bleys – 237 pages – Editions Denoël – 2020

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